Né dans un quartier populaire de Rio de Janeiro et désormais actif sur la scène internationale, Dante s’est imposé par un langage singulier où figures sculptées deviennent des protagonistes à part entière de la création contemporaine. Son travail, marqué par une forte intensité expressive, lui a valu plusieurs distinctions dans des domaines aussi variés que les arts visuels, la télévision, le théâtre, le cinéma et l’animation. Après deux collaborations présentées en France, il prépare aujourd’hui un nouveau projet aux côtés de l’artiste français Alexis Rero, dont le travail se situe à la croisée de l’art urbain et des pratiques conceptuelles. Ensemble, ils conçoivent une sculpture originale dédiée à la musique, invitée du festival Hellfest, prévu en juin à Clisson, dans le département de la Loire.

Installé aujourd’hui à São Paulo, l’artiste commence très tôt à dessiner et à modeler. Il grandit à Realengo, dans la zone ouest de Rio, où il se souvient de ses premières expérimentations avec la matière : « Les arts plastiques n’étaient pas vraiment présents dans mon environnement. Je n’avais pas accès à beaucoup de lieux culturels, mais je dessinais sans cesse et j’utilisais la terre du jardin pour modeler », raconte-t-il. Il se forme ensuite au design à Rio de Janeiro, où il se distingue, avant de poursuivre une spécialisation en illustration au Saint Martin College of Art and Design, à Londres.

Ses figures sculptées s’éloignent volontairement du réalisme hyper détaillé des musées de cire, une esthétique dont il se dit peu proche. « Je pars de personnages réels ou fictifs, mais j’en propose toujours une réinterprétation à partir des émotions qu’ils suscitent », explique-t-il. « Il ne s’agit jamais de reproduction fidèle, mais d’une tentative d’approcher une essence plus subjective. »

Parmi les étapes importantes de sa carrière internationale figure sa participation à l’exposition Incorporama, conçue par l’artiste franco-brésilienne Dominique Gonzalez-Foerster, qui partage son temps entre Paris et Rio de Janeiro. Le projet rassemble des figures issues d’un imaginaire nourri de références historiques, littéraires et cinématographiques. Dante fait partie des artistes invités à matérialiser ces personnages, contribuant à donner forme à cet univers hybride entre mémoire et fiction, présenté entre la France et le Brésil en 2023.

Au théâtre, sa collaboration avec la compagnie franco-brésilienne Dos à Deux dans le spectacle Gritos (2018) marque un tournant. Mis en scène par André Curti et Artur Ribeiro, le projet se déploie sous forme de poèmes visuels autour de l’amour et de son absence, abordant également les thèmes de l’exclusion, du préjugé et de l’invisibilité sociale. Dante y conçoit des figures à échelle humaine à partir des corps des interprètes, brouillant la frontière entre acteur et sculpture. Ni masques, les visages restant visibles, ni marionnettes traditionnelles, ces dispositifs hybrides engagent les corps dans une interaction continue. Le spectacle, à forte dimension plastique et poétique, lui a valu un second prix Shell et une circulation dans plusieurs festivals internationaux en Europe. 

Sa première expérience théâtrale, en 2010, lui vaut une reconnaissance critique et publique avec Marina, a Sereiazinha, création de la Cia PeQuod – Teatro de Animação, qui lui vaut un prix spécial aux Prêmio Shell pour la conception et la réalisation des marionnettes. Il y réalise des figures miniatures pensées comme des marionnettes intégrées à des aquariums scénographiques, dont la mise en eau joue un rôle central dans l’expérience sensorielle du spectacle.Inspirée du conte de Hans Christian Andersen et accompagnée des musiques de Dorival Caymmi, figure majeure de la musique brésilienne, la pièce repose sur des dispositifs techniques complexes articulant jeu d’acteurs et manipulation d’objets. 

Dans Preto (2017), aux côtés de l’actrice brésilienne de premier plan Renata Sorrah, son travail prend une dimension plus explicitement politique. Il y crée des sculptures à partir des visages des interprètes, intégrées à la scène comme prolongements physiques de leur présence. Le spectacle interroge le racisme et les formes d’intolérance, des thématiques qui traversent également son projet personnel Infância. Cette série de sculptures explore différentes réalités vécues par des enfants brésiliens, entre violence, inégalités et abandon, dans une démarche qui conjugue témoignage social et approche sensible de la représentation.

À la télévision, il participe en 2024 au remake de la telenovela Renascer, diffusée en prime time, où il réinvente le personnage du Cramulhão sous la forme d’une sculpture manipulable. Il développe également des projets pour le carnaval carioca, notamment avec les écoles de samba Paraíso do Tuiuti et União de Maricá, créant des sculptures et figures à échelle réelle pour les commissions de front. Ces interventions prolongent son dialogue avec la culture populaire et les imaginaires religieux brésiliens, portés jusque sur l’avenue de la Marquês de Sapucaí.

Le projet développé avec Alexis Rero pour le Hellfest est actuellement en cours de réalisation. Partageant sa vie entre Paris et Rio, l’artiste français retrouve régulièrement Dante dans son atelier carioca. « J’admirais son travail depuis longtemps, mais nous n’avions jamais collaboré. Cette rencontre fonctionne très bien. Rero est un artiste très généreux », confie Dante. Cette nouvelle collaboration s’inscrit dans la continuité de sa présence croissante sur la scène européenne contemporaine.

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