« Son art ne cherche ni à convaincre ni à démontrer ; il révèle. Il nous apprend à regarder autrement, à entendre ce qui, souvent, demeure à la lisière du sensible. Et peut-être est-ce là que réside sa force : dans cette capacité à transformer les aspérités du réel en une poésie qui apaise sans jamais nier », souligne le pianiste Philippe Powell, fils du légendaire guitariste et compositeur brésilien Baden Powell, à propos du concert qu’il partagera avec Alaíde Costa.
Figure majeure de la musique brésilienne, Alaíde Costa se produira le 15 avril au Théâtre de l’Alliance Française, à Paris. Une soirée qui dépasse largement la simple célébration de ses 90 ans : elle s’inscrit dans une trajectoire de plus de sept décennies consacrées à la chanson, entre fidélité esthétique, discrétion médiatique et reconnaissance tardive.
Avant même l’essor de la bossa nova, Alaíde Costa avait déjà fait ses premiers pas en tant que chanteuse. Introduite par João Gilberto dans ce courant naissant, elle s’y inscrit très tôt et en deviendra l’une des rares voix féminines noires du genre. Réputée pour la finesse de son interprétation, Alaíde Costa a construit une carrière marquée par une exigence artistique constante. Souvent en marge des circuits commerciaux dominants, elle n’a pourtant jamais quitté la scène, conservant un public fidèle et attentif à la singularité de son répertoire.
Son premier album, Gosto de Você (1959), la place au cœur de la bossa nova en formation. Elle y interprète notamment des compositions de Tom Jobim, Vinicius de Moraes et Carlos Lyra, témoignant de sa proximité avec la génération fondatrice du genre. Cependant, son approche vocale dépasse rapidement une définition stricte de ce courant : son chant oscille entre la diction feutrée associée à la bossa nova et une expressivité plus ample, parfois proche du samba-canção.
Dans les années 1960, elle développe également une collaboration importante avec Baden Powell, figure majeure de la guitare brésilienne et partenaire artistique de plusieurs projets. Cette relation musicale contribue à forger un dialogue singulier entre chanson, samba et exploration harmonique, notamment autour de l’album Jóia Moderna (1961).
À Paris, Alaíde Costa sera accompagnée au piano par Philippe Powell, installé dans la capitale française. La rencontre entre la chanteuse et le fils de son ancien partenaire ajoute une forte dimension symbolique à ce concert : celle d’une continuité artistique et sensible entre générations.
« Il est des voix qui traversent le temps sans jamais s’altérer, comme si elles portaient en elles une mémoire plus vaste que leur propre histoire. Celle d’Alaíde Costa est de celles-là », ajoute Philippe Powell. « J’aurai l’immense honneur de l’accompagner en duo. Cette date revêt pour moi une émotion toute particulière, puisqu’elle coïncide avec mon anniversaire et fait résonner une histoire plus intime encore : celle de mon père ».
Au programme du concert, des titres emblématiques traversant sa carrière devraient être interprétés, parmi lesquels « Me deixa em paz », de Monsueto Menezes et Aírton Amorim, « Solidão », de Dolores Duran, ou encore « Eu e la brisa », de Johnny Alf. Des chansons qui illustrent la cohérence d’un répertoire exigeant et profondément personnel.



Ce concert s’inscrit également dans le cadre de la 28e édition du Festival du cinéma brésilien de Paris et fait écho à la projection du film La Nuit d’Alaíde, film d’animation réalisé par Liliane Mutti, présenté le 14 avril au Cinéma L’Arlequin.Installée à Paris, la réalisatrice mène un travail consacré aux liens culturels entre la France et le Brésil, en particulier autour des récits liés à la musique et à l’identité. Son film propose une approche intime de l’artiste, mêlant images d’archives de sa carrière et séquences d’animation, et retraçant les différentes strates de son parcours ainsi que les choix qui ont façonné sa voix.
Au-delà de l’hommage, la présence d’Alaíde Costa à Paris s’inscrit dans un mouvement de reconnaissance progressive de son importance dans l’histoire de la musique brésilienne. Redécouverte par de nouvelles générations, son œuvre fait l’objet d’une forme de réparation symbolique, qui la replace au centre du paysage musical.
Agenda
Film – La Nuit d’Alaíde
Festival du cinéma brésilien de Paris
Date : 14 avril
Horaire : 19h
Lieu : Cinéma L’Arlequin
76 rue de Rennes, 75006 Paris
Concert d’Alaíde Costa
Date : 15 avril
Horaire : 20h
Lieu : Théâtre de l’Alliance Française
101 boulevard Raspail, 75006 Paris





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