La 28ᵉ édition du Festival du Cinéma Brésilien de Paris a ouvert ses portes le 7 avril au Cinéma L’Arlequin avec une soirée exceptionnelle : la projection du documentaire Da Lata, 30 ans, en présence de la chanteuse Fernanda Abreu et du réalisateur Paulo Severo. Le film revient sur la création de l’album historique Da Lata (1995), salué à l’époque aussi bien au Brésil qu’en France, et offre aux spectateurs une plongée dans les coulisses de ce projet qui a marqué la musique brésilienne. Le festival se poursuit jusqu’au 14 avril, mêlant projections et rencontres autour du cinéma brésilien.

Plus qu’une simple rétrospective, le documentaire met en lumière l’importance historique de Da Lata. À une époque où le funk carioca restait marginal et cantonné aux favelas, Fernanda Abreu a osé l’intégrer au langage pop et le fusionner avec le samba. Le résultat : le “samba-funk”, un mélange inédit qui préfigurait des mouvements culturels aujourd’hui présents dans le mainstream.

Le film de Paulo Severo s’appuie sur un riche matériel d’archives inédites filmées lors des sessions au studio Nas Nuvens et Discover, à Rio de Janeiro, et du mixage à Londres, au studio Soul II Soul. À ces images s’ajoutent des témoignages actuels de plus de trente collaborateurs, parmi lesquels les producteurs Liminha et Will Mowat, le musicien Herbert Vianna, le guitariste Fernando Vidal et la chorégraphe Débora Colker.

L’esthétique de l’album et du concert a également joué un rôle déterminant. La direction artistique, confiée à Luiz Stein, son mari pendant 27 ans, mettait en scène des objets métalliques, en écho à l’œuvre de l’artiste brésilien de renom Arthur Bispo do Rosário, qui brouillait les frontières entre art et folie. Sur scène comme dans les costumes, ustensiles de cuisine et autres éléments en métal devenaient de véritables instruments de réinvention.

Le documentaire révèle également la séance photo avec Walter Carvalho pour la pochette de l’album, où Fernanda porte un manteau fait d’objets métalliques, tandis que la contre-couverture montre la chanteuse nue, créant un contraste visuel frappant. On y retrouve aussi des extraits de clips tels que Veneno da Lata, ainsi que des images du lancement du spectacle à Rio.

Les paroles de Da Lata ont elles aussi conservé leur force visionnaire. Dans Brasil é o País do Suingue, dont le texte affirme « O brasileiro é do suingue, o brasileiro é do baile, o brasileiro é de festa, o brasileiro tem carnaval no sangue » (« Le Brésilien a du swing, le Brésilien aime la danse, le Brésilien aime faire la fête, le Brésilien a le carnaval dans le sang »), Fernanda Abreu célèbre la culture populaire brésilienne et contribue à l’affirmation d’une identité nationale. Dans Garota Sangue Bom, l’artiste met en lumière une identité urbaine et féminine carioca, traduisant un Rio en pleine transformation, où la culture périphérique, le corps et la politique quotidienne gagnaient en centralité dans le discours artistique.

Fernanda Abreu : « C’est un moment très émouvant de revenir ici »

Le documentaire revient également sur le lancement français de l’album par Totem Records. Arrivé en France après sa sortie brésilienne en 1995, Da Lata y a été accueilli avec enthousiasme, suscitant une couverture médiatique favorable et des concerts remarqués. La critique française de l’époque a particulièrement souligné l’un des costumes les plus emblématiques de la chanteuse, un haut composé de deux poêles, le considérant comme une image forte de la femme quittant la cuisine pour s’affirmer et conquérir la scène, incarnant liberté et puissance féminine.

Lors de la projection, Fernanda Abreu a exprimé son émotion : « Je suis très heureuse de revenir à Paris pour présenter ce documentaire. Il y a trente ans, j’y avais lancé l’album, et maintenant c’est un moment très émouvant de revenir ici. » Elle a également évoqué les défis actuels de l’industrie musicale :« Le Brésil reste un pays incroyablement riche en harmonie, mélodie et poésie, avec une diversité musicale immense. Mais le modèle actuel de l’industrie musicale dans le monde, dominé par les plateformes de streaming, impose des contraintes : il fixe des durées strictes pour les chansons, pour les introductions et pour les parties instrumentales, ce qui limite la liberté créative des artistes. »

Da Lata, 30 ans s’impose comme le récit d’un tournant culturel : il restitue images, voix et contextes d’un projet pionnier qui a légitimé le funk, inventé le samba-funk et repoussé les frontières de la pop brésilienne, tout en imposant une esthétique encore influente aujourd’hui.

Le festival se poursuit jusqu’au 14 avril

Du 7 au 14 avril, le Cinéma L’Arlequin accueille une programmation riche et variée de longs et courts-métrages, fictions, documentaires et animations. La curatrice Katia Adler, fondatrice du festival, souligne la diversité thématique et esthétique de cette édition.Parmi les films à l’affiche cette année, on retrouve Cinq Types de Peur (Bruno Bini), Braquage à l’ancienne (Cláudio Torres), Malês (Antonio Pitanga), Ritas (Oswaldo Santana, Karen Harley), Décret présidentiel (Lázaro Ramos) et Ma mère est un cas (Susana Garcia). Des hommages seront également rendus à Taís Araújo et Lázaro Ramos, figures emblématiques du cinéma brésilien.

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