Prolongée jusqu’au 6 juin 2026 à la Salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville, l’exposition consacrée à Sebastião Salgado revient sur l’un des parcours les plus marquants de la photographie contemporaine. Disparu en mai 2025 à l’âge de 81 ans, le photographe brésilien laisse une œuvre monumentale, traversée par un humanisme intransigeant et une ambition esthétique rare. L’entrée est gratuite, sur réservation, et le parcours réunit près de 200 tirages couvrant plusieurs décennies de création.

Conçue par Lélia Wanick Salgado, sa compagne de vie et de travail, l’exposition-hommage s’appuie sur un ensemble important de tirages issus de la Maison Européenne de la Photographie, institution à laquelle l’artiste était particulièrement attaché et qui a joué un rôle essentiel dans la reconnaissance de son œuvre en France.

Le parcours revient sur les grandes séries qui ont forgé sa reconnaissance internationale. Conflits, migrations, monde du travail, paysages primordiaux : autant de territoires explorés par un noir et blanc dense et sculptural, devenu sa signature. Chez Salgado, la puissance formelle ne s’est jamais dissociée d’une exigence éthique. Son photojournalisme, d’une ampleur remarquable, n’a cessé d’interroger la condition humaine.

Né en 1944 dans l’État du Minas Gerais, il se destinait d’abord à une carrière d’économiste. Employé à l’Organisation internationale du café à Londres, il découvre la photographie au fil de ses déplacements professionnels. Très vite, celle-ci s’impose. Il rejoint successivement les agences Sygma, Gamma et Magnum Photos, avant de fonder en 1994, avec Lélia Wanick Salgado, sa propre structure. Une collaboration décisive, à la fois artistique et personnelle, qui orientera durablement son œuvre et ses engagements.

« J’ai voulu montrer les différentes dimensions de l’homme : le père, le photographe, l’écologiste », explique Lélia Wanick Salgado. Cette triple lecture irrigue l’exposition, qui met également en lumière l’action environnementale menée par le couple à travers l’Instituto Terra. Lancée à la fin des années 1990, cette initiative pionnière de reforestation de la forêt atlantique brésilienne est aujourd’hui une référence internationale en matière de restauration écologique.

Paris occupe une place singulière dans cette rétrospective. C’est ici que le couple s’installe en 1969, fuyant la dictature militaire brésilienne. Pendant plus d’un demi-siècle, la capitale française sera leur port d’attache. Dans les derniers mois de sa vie, Salgado a entrepris de photographier Paris au fil des saisons, comme un ultime dialogue avec la ville qui l’avait accueillie. « Sebastião Salgado avait fait de Paris sa ville d’adoption. Il incarnait l’alliance profonde qui unit la France et le Brésil, une relation d’affection et de culture dont il fut l’un des plus beaux artisans. » dit Anne Hidalgo, maire de Paris.

Cette immersion dans la capitale révèle aussi la profondeur du lien entre Salgado et Paris, devenu au fil des décennies un espace essentiel de son regard sur le monde.

Un souffle vers l’avenir : les œuvres de Rodrigo Salgado, son fils, clôturent l’hommage

Le parcours s’achève sur les œuvres de Rodrigo Salgado, leur fils, artiste peintre porteur de trisomie 21. Depuis son enfance, Rodrigo peint tous les jours, parfois dès l’aube et même au milieu de la nuit, développant ainsi un corpus d’œuvres unique. Ses toiles, d’une grande sensibilité, prolongent l’hommage en ouvrant une perspective plus intime et tournée vers l’avenir.

En mai 2025, seize vitraux réalisés à partir de ses œuvres ont été installés dans l’ancienne église du Sacré-Cœur de Reims, aujourd’hui désacralisée et abritant l’atelier de vitraux Simon-Marq. Sur place, une exposition de 80 œuvres a présenté les différentes phases de sa création, depuis la profusion de couleurs de ses débuts jusqu’aux compositions plus sombres de sa période actuelle, marquée par son état de santé fragile. Les formats et les formes varient, du plus petit quadrilatère aux grands espaces, mais son langage artistique reste puissant et expressif.

Rodrigo a également été accueilli dans l’atelier du peintre Michel Granger, qui témoigne : « Ce qui m’impressionnait, c’est qu’il n’avait aucun doute, il dessinait avec la certitude que chaque artiste souhaiterait avoir. Rodrigo m’a beaucoup appris et continue de m’instruire, il nous initie à la différence par sa gentillesse, son attention et son humour. » Aujourd’hui, à 46 ans, Rodrigo ne fait plus de dessins classiques, mais ses créations se transforment en gribouillages où le noir domine, ponctué de couleurs surgissant comme des étincelles — signes d’encouragement dans son quotidien.Malheureusement, Sebastião n’a pas pu voir l’exposition de Reims, décédé la veille du vernissage. L’inclusion des œuvres de son fils à l’Hôtel de Ville permet au public de découvrir le dialogue artistique et affectif qui unit père et fils, rendant hommage à leur héritage commun.



AGENDA

Exposition gratuite : Du 21 février au 30 mai 2026
Horaires : Du mardi au samedi de 10h à 18h30
Nocturne le jeudi de 13h à 20h
Fermé le dimanche, le lundi et les jours fériés
Réservation obligatoire : paris.fr/quefaire
Accès : Hôtel de Ville
Entrée par le 5 rue de Lobau, Paris Centre

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