Un an après le lancement de sa tournée « Tempo Rei », Gilberto Gil poursuit un vaste voyage à travers son répertoire, comme une célébration vivante de plus de six décennies de musique. Le spectacle, inauguré le 15 mars 2025 dans un stade de Salvador, sa ville natale au Brésil, a été conçu comme une traversée de son œuvre : un parcours à travers les grandes chansons écrites depuis le début des années 1960, entre mémoire collective et confidences musicales. Le musicien présentera ce concert dans la capitale française le 3 avril, au Théâtre du Châtelet, dans le cadre du festival Back2Black.

Figure majeure de la musique brésilienne, Gilberto Gil s’est imposé au fil des décennies comme l’un des grands architectes de la culture populaire contemporaine du pays. Chanteur, compositeur et ancien ministre de la Culture du Brésil, il a construit une œuvre ouverte aux croisements, mêlant samba, bossa nova, reggae, rock et influences africaines. Aux côtés de Caetano Veloso, il fut également l’un des visages essentiels du tropicalisme à la fin des années 1960, un mouvement artistique qui a profondément renouvelé la musique brésilienne en mêlant tradition, modernité et culture pop.

À Paris, Gilberto Gil sera l’une des figures centrales du festival Back2Black, qui s’installe pour la première fois au Théâtre du Châtelet après plusieurs éditions à Rio de Janeiro et une escale à Londres. Le projet entend mettre en lumière les liens historiques et culturels entre l’Afrique et le Brésil. La programmation réunira également la chanteuse brésilienne Agnes Nunes et le musicien camerounais Blick Bassy, dont les répertoires se rencontrent dans un dialogue musical contemporain et vibrant.

Le festival propose aussi une immersion dans le cinéma et les arts visuels, avec la première française du documentaire « 3 Obás de Xangô » de Sérgio Machado, projetée en présence du réalisateur, ainsi qu’une exposition des œuvres de Carybé célébrant la vie et la spiritualité populaire brésilienne. Une conférence « Afrique–Brésil » permettra aux participants d’explorer les échanges culturels et intellectuels entre les deux continents, enrichissant l’expérience offerte par le festival.

La chanson « Drão » devient l’un des moments phares de la tournée, mêlant émotion et mémoire familiale

Parmi les moments les plus attendus du concert figure « Drão », l’une des chansons les plus intimes de Gilberto Gil. Composée en 1982, elle évoque la séparation avec Sandra Gadelha, son épouse de l’époque. Le titre lui-même porte une histoire personnelle : « Drão » était le surnom affectueux donné à Sandra, dérivé de « Sandrão », utilisé dans le cercle familial. Dans cette chanson, Gil transforme une rupture en méditation poétique sur la transformation de l’amour. « Drão, o amor da gente é como um grão » — « Drão, notre amour est comme un grain », chante-t-il, avant d’expliquer que cet amour doit parfois disparaître pour renaître ailleurs. La métaphore du grain (grão), qui se dissout pour germer sous une autre forme, donne à la chanson sa profondeur symbolique : une séparation n’efface pas l’amour, elle le métamorphose.

Au fil de la tournée « Tempo Rei », « Drão » a acquis une résonance particulière. En avril 2025, Gilberto Gil l’a interprétée sur scène avec sa fille Preta Gil, dans un moment chargé d’émotion. La chanteuse, décédée en juillet 2025 à l’âge de 50 ans après un cancer, avait alors partagé ce duo avec son père devant le public. Pour elle, la chanson occupait une place singulière : hommage à sa mère, elle évoquait aussi la mémoire de son frère Pedro Gil, mort en 1990 dans un accident de voiture. Dans les vers « Drão, os meninos são todos sãos » — « Drão, les enfants vont bien » — beaucoup entendaient une promesse fragile de protection et de consolation. 

Longtemps, Preta Gil avait confié avoir eu du mal à écouter cette chanson, tant elle ravivait des souvenirs douloureux. Avec le temps, elle avait peu à peu retrouvé la force de s’en rapprocher. Lorsqu’elle l’a finalement chantée aux côtés de son père pendant la tournée, la scène a pris pour de nombreux spectateurs la dimension d’un moment de transmission familiale. Depuis, « Drão » est devenue l’un des passages les plus poignants du spectacle.



Agenda – Back2Black Festival, Théâtre du Châtelet, 3 avril 2026

Salon Diaghilev
16h30 – 1ère projection du documentaire « 3 Obás de Xangô »
18h00 – 2ème projection
Grand Foyer
18h – Ouverture Baile Bom
19h – Umafricana
20h10 – Lorena Pires
22h45 – Sambaiana
Grande Salle
20h – Agnes Nunes & Blick Bassy
21h20 – Gilberto Gil

Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet
75001 Paris
Tarifs : de 8 à 84 €

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